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Ton cul pour du cash !

samedi, novembre 04, 2017Common Wave

Il y a 10 jours, le parisien s’est ému et les foules ont battu le pavé du net à grands coups de hashtags et d’articles acides et acerbes. Pourquoi ? Lutter contre la publicité du site Rich Meet Beautiful qui invite les étudiants à devenir un sugarbaby entretenu par de fantasmagoriques sugardaddy et sugarmama, ces vieux riches pour qui tout est permis et qui ont souvent bien trop d’argent pour se permettre de ne le dépenser que pour leur conjoint et leur progéniture. L’accusation principale : c’est de la prostitution. Notre question principales : c’est de la prostitution ?

 


Les sugarbaby, sugardaddy, sugarmama : c’est quoi ?


C’est une des questions essentielles dans cette histoire puisque c’est là-dessus qu’on peut se fonder pour dire si c’est ou non de la prostitution. Et comme ça va certainement nous servir plus tard, on va ici distinguer trois choses : les prostituées, les escortes et les sugarbabies. Les premières, c’est celles qu’on connaît le mieux, c’est-à-dire des personnes payées en contrepartie d’un rapport sexuel et c’est tout. Les secondes ont tendance à être le symbole d'un grand train de vie : des personnes payées pour habiller son cercle sociale de manière éphémère et se faire passer pour son conjoint trop sexy pour être honnête. Les troisièmes, enfin, sont de jeunes personnes jamais professionnelles qui vivent une sorte de romance avec d’autres, plus âgée,s qui les entretiennent. Bien-sûr, tout ça c’est très théorique et comme le dirait si bien un utilisateur du site, la frontière peut être très perméable.


Qu’est-ce qu’on reproche à la publicité en cause ?


Une pub pour un site de rencontre, c’est certainement quelque chose de dur à produire : il ne faudrait pas tomber dans l’écueil des clichés sexistes ou juste sexués. Et si ce n’est pas fait, il faut au moins donner l’impression qu’on veut faire les choses plus subtilement. C’est ainsi que même des sites de rencontre extra-conjugales comme Gleeden, qui ont fait leur pub dans des stations de métro proches d’universités, n’ont jamais été inquiétés.
Mais là, la pub est quand-même remarquable : visuel à l’esthétique fifty shades of gray et message rédigé dans un français approximatif mais clair dans le style de « sort avec une vieux, paye ton logement ». Pour la subtilité, on repassera. Autrement dit, on reproche au site de promettre de l’argent en échange d’une relation aux contours très flous.
C'est donc ça qui a provoqué un vent de panique sur les réseaux sociaux. Des personnalités se sont senties obligées de réagir dans le contexte du fameux #balancetonporc pour ne pas attirer les suspicions et les responsables politiques étudiants ont tout de suite hurlé au scandale (les élections aux conseils centraux approchant obligent). Les étudiants, quant à eux, se sont surtout fendus de messages révoltés ou humoristiques. Finalement, selon un sondage effectué par le Figaro, une bonne moitié seulement d'entre nous considère cette publicité comme un appel à la prostitution.

Et le site en lui-même ?


Si les pub sont en effet un sacré dérapage, nous avons décidé de quand-même partir du principe que le site n’est pas une plateforme dédiée au proxénétisme. Donc nous avons créé un faux profil d’étudiante en droit à Paris Descartes pour aller nous renseigner « sur le terrain ». 
Côté conditions générales d’utilisation, Rich Meet Beautiful est assez claire sur le fait qu’il n’est pas une plateforme dédiée au proxénétisme ou aux escortes. Il bannit même les formules « taux horaires », « informations sur les prix » et « informations bancaires ». Le souci c’est que ces trois formules sont données entre guillemets et sont donc, a priori, exclusives de toutes autres formulations : rien n’interdit formellement de parler d’argent finalement. 
Plus loin suit un petit cafouillage, probablement un problème de traduction mais demeurant assez amusant pour être noté : «  Vous n'utiliserez pas le Service ou le Site Internet à des fins non commerciales ». Mais pour corriger les lacunes citées plus haut est tout de même énoncé : « Vous ne solliciter pas ou même tenter de solliciter de l'argent á aucun membre ou autre utilisateur du service ou du site Internet et/ou utiliser le service pour distribuer, promouvoir ou autrement publier tout matériel contenant toute sollicitation de fonds, de publicité ou sollicitation pour des biens ou des services » (sic). C’est moyennement claire, mais c’est censé interdire la prostitution et l’escorte… ou en tout cas la négociation d’un accord directement sur le site. Et enfin, deux autres petits alinéas : « Vous n'utiliserez pas le site Web en tant qu’escorte ou utiliser le Service pour solliciter des clients pour un service d’escorte ou toute autre forme de traite des êtres humains; Vous n'utiliserez pas le site Web ou le Service pour promouvoir, solliciter ou engager la prostitution; ». Là c’est on ne peut plus clair, on ne pourra pas reprocher au site d’être officiellement une plateforme de la prostitution. 
Voyons ensuite la procédure d’inscription. Globalement, tout se passe comme on l'attend d'un site de rencontre (identité, sexe, attirance, etc). On notera tout de même que les sugardaddies/mamas doivent renseigner la valeur de leur patrimoine et de leurs revenus. Les sugarbabies quant à eux doivent définir un « niveau de vie » auquel ils aspirent allant de 1000€/mois à plus de 10.000€/mois, mais il peuvent également opter pour l'option « négociable ». Là, c’est louche. Puisque cette information est rendue publique sur le site, cela signifie qu’elle peut être considérée comme une offre ou au moins un appel d’offre. La seule chose qui l’en empêche est l’absence de contrepartie définie (on peut expliciter ce qu’on recherche mais on peut aussi ne pas le faire). Par la suite, on est amené à se décrire physiquement par le biais d’un questionnaire facultatif et plusieurs autres questionnaires permettent d’affiner notre description et nos goûts si on le souhaite.
Bref, rien de tout ça ne permet de conclure à une site d’escorte ou de prostitution car, mis à part ce doute quant au niveau de vie, le site se présente vraiment comme un simple site de rencontre aux mœurs légère. Certes il flirt de très près avec la frontière de la prostitution, mais il ne la pratique pas pour autant.

Et les utilisateurs dans tout ça ?


C’est là que ça se gâte. Avant les captures d’écran, on va tout de suite vous rappeler la lettre d’un décret du 5 novembre 1947 qui décrit la prostitution comme «l'activité d'une personne qui consent habituellement à des rapports sexuels avec un nombre indéterminé d'individus moyennant rémunération». Donc prostitution = sexe + paiement. Quelques captures d’écrans nous apprendront la philosophie des utilisateurs à ce propos...


Nous avons donc ceux qui essaient de rester relativement prudents quant aux conditions générales d’utilisation.



Mais on a également eu le droit aux directs, aux rhino de la drague à base de money rain…

On tient en plus à parler des escortes : elles aussi sont interdites par le site, pourtant ça ne les empêche pas de faire leur pub.


D’ailleurs une ancienne escorte nous a parlé de son expérience, de la différence avec la prostitution.

Mais alors, sur ce site il n’y a que des gens qui pratiquent la prostitution ?
Une grande partie des gens qui nous ont contactés versent effectivement dans la prostitution, parfois sans même le réaliser. Pour tout dire, un seul homme s’est comporté avec notre sugarbaby fictive comme un sagardaddy tel qu’il devrait être conçu (une sorte de petite amie qu’on laisse profiter de sa réussite, sans don d’argent finalement). Nous avons aussi eu le droit à des personnes qui se sont inscrites pour l’argent mais restent ouvertes à des relations normales (ou font au moins semblant jusqu’à aborder la question de l’argent). Enfin, une certaine quantité de jeunes femmes à qui nous avons parlé ont dit s’être inscrites surtout pour voir mais qu’elles se sont vite refroidies par le rapport à l’argent omniprésent.

En conclusion


Eut égard à ses CGU et à sa forme, il est impossible d’accuser le site en lui-même de promouvoir la prostitution. Pour ça il faudrait en fait que la justice considère le système des sugarbabies comme tel. Cependant, on peut clairement l’accuser de ne pas lutter réellement contre : en 4 jours nous avons pu discuter très librement de sexe tarifé sans être inquiétés. Le problème vient certainement du fait que seulement 30 personnes sont employées à la surveillance, mais on n'ira pas jusqu'à dire que c'est volontairement trop peu. Donc moralement, le site est certes critiquable, mais juridiquement on ne peut clairement pas signer son arrêt de mort à l'avance. Pour ce qui est de la publicité qu’il a faite, le problème est similaire, mais il est plus probable qu’il soit condamner pour atteinte aux bonnes mœurs et publicité sans autorisation d’afficher, d'ailleurs la voiture a été verbalisée.

Sonia Le Gal & Hadrien Lagrange

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