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Inventez-vous une vie sur écran

lundi, octobre 16, 2017Hadrien Lagrange

Encore aujourd’hui le jeu vidéo sur smartphone est quelque chose de moyennement populaire et, hormis quelques phénomènes, beaucoup de bons jeux sont voués à la confidentialité. Pourtant, en quelques années de nouveaux genres se sont exportés sur nos compagnons de poche et deviennent de véritables phénomènes auprès les initiés. Parmi eux, les jeux de rôle.

 


Encore peu considéré par les joueurs professionnel, le smartphone attire plutôt les fans d’un genre précis ou les personnes qui, jusqu’à présent, ne jouaient pas et ont désormais trouvé un moyen de passer le temps en éclatant des bonbons sur leur écran. Ainsi, les jeux les plus cotés sont des jeux d’arcade, d’énigmes ou des pay to win classiques au milieu desquels émergent, pour le meilleur ou pour le pire, des adaptations de jeux PC ou consoles. Isolés du reste, les jeux de rôle ont fait une timide apparition mais demeurent ancrés à un public restreint. Mais au fait, c’est quoi un jeu de rôle ?

Qu’est-ce qu’un jeu de rôle ?

 

Définir le jeu de rôle, ça devient de plus en plus compliqué. A la base de la base, on peut dire que c’est presque comme du théâtre : on fait semblant d’être une personne que l’on n’est pas. En soi, rien n’interdit d’y jouer totalement seul avec soi-même mais, outre le fait d’être franchement flippant, c’est surtout assez limité. Du coup, on y joue plutôt en société.
 
Le cliché du genre, c’est les jeux types Donjon & Dragon qui immergent les joueurs dans un monde médiéval-fantastique à la Seigneur des Anneaux ou chacun joue un aventurier. Ces jeux se jouent souvent avec des livres de règles, dans des mondes plus ou moins réalistes et variés et laissant plus ou moins les joueurs contribuer à l’élaboration du monde. Bien-sûr rien n’empêche de créer son propre jeu de rôle sans livre de règles, sans jeter de dés et sans le moindre accessoire. 
 
Face à cela s’est tout de même développé un système de jeu de rôle en solitaire : les Livres dont vous êtes le héro qui consistent à lire une suite de chapitres finissant chacun par une série de choix possibles vous renvoyant vers un chapitre précis. Ainsi, au sein d’un même récit sont présents plusieurs scenarii alternatifs dont la fin dépend des choix du lecteur.

Les jeux de rôles virtuels

 

Dès les années 1990, les jeux de rôles ont débarqué en masse sur ordinateur. Certains ont essayé d’adapter les jeux de rôles de société comme Donjon et Dragons, recréant un monde très ouvert en 3D où le joueur évoluait de la manière qu’il voulait (même si un scénario de base était prévu), en progressant grâce à des quêtes secondaires parsemant le jeu et qui lui permettaient de découvrir tout l’univers des créateurs. Un exemple emblématique serait Neverwinter Nights, adaptation de Donjon & Dragons.

D’autres ont préféré adapter les Livres dont vous êtes le héro en conservant un scénario central fort et agrémenté de petites missions secondaires. Le joueur peut toujours faire des choix qui modifieront alors l’expérience de jeu mais pas l’ensemble de la trame narrative. Ainsi, il pourra choisir de jouer un bon flic négociateur ou un mafieux pété de flingues qui fonce dans le tas, mais le but final du jeu l’obligera à avancer dans l’histoire de la même manière, que ça soit en tuant tout le monde ou en protégeant la veuve et l’orphelin. Un des exemples les plus connus de ce type de jeux est la série Deus Ex mais on peut également citer Bioshock qui est tout aussi sombre et populaire.


Les jeux de rôles massivement multi-joueurs

 

Reprenez un monde ouvert, une grande quête très vague et presque irréalisable bourrée de missions annexes, la promesse d’une progression sans fin à un rythme effréné et une connexion internet pour ne pas perdre contact avec vos potes et vous obtiendrez des références : Dofus, World of Warcraft, Wakfu, Guildwar, Star Wars : the Old Republic et bien d’autres. Ces jeux n’ont pas trop changé d’esprit par rapport aux premiers jeux de rôles virtuels, à la différence près qu’ils ne sont pas conçus pour être finis et qu’ils permettent de jouer avec des personnes du monde entier. Si l’esprit jeu de rôle s’est quelque peu perdu dans la mécanique du jeu pour toucher un plus vaste public, les passionnés n’ont pas hésité à y apporter leurs propres règles. Ainsi, sont nés des serveurs role play dont le seul but et de jouer en s’y croyant vraiment, sans chercher la performance ou la réussite du jeu : là on incarne son personnage. 
 
Il faut quand-même préciser que ces jeux, les MMORPG (Massively Multiplayer Online Role-Playing Game), sont aussi d’énormes succès commerciaux. S’ils sont réalisables, c’est parce qu’ils ne sont pas finis dès leur sortie et évoluent constamment au fil de mises à jours. Par exemple, le jeu Dofus était la quête par les joueurs de 6 œufs de dragons (les… Dofus), lesquels n’existaient pas tous à la sortie du jeu ! De même, les jeux comme Word of Warcraft et Star Wars : the Old Republic, qui ont pris le parti de créer un véritable monde, voient la taille du monde jouable d’agrandir chaque année avec de nouvelles mise à jour et même le contexte politique du jeu change ! Les joueurs sont invités à lutter ensemble contre telle ou telle menace ou encore à prendre parti dans un conflit. Mais comme tout ce monde est accessible moyennant paiement… bref, vous aurez compris de quoi il est question.

Et les smartphones dans tout ça ?

 

Mettons d’emblée de côté les adaptations de RPG des années 90 ou du début des années 2000 (Planescape, Shadow Run, Star Wars : Knights of the Old Republic ou encore Final Fantasy). Ils sont plutôt bons et la taille d’un smartphone permet de compenser leur basse qualité d’image, mais il n’apportent pas grand-chose de nouveau en soi.

De plus en plus présents sur smartphone, les MMORPG effaçaient de plus en plus l’esprit des Livres dont vous êtes le héro des mémoires, mais des développeurs visionnaires ont réussi à déterrer le concept pour l’adapter à nos compagnons de poche. Sauf que la chose est bien plus réaliste que ce que l’on connaissait avant, le jeu se veut immersif : ici il n’est plus question de jouer avec des amis mais bel et bien de croire qu’on entre dans une nouvelle vie. Pour ce faire, ces jeux prennent la forme d’une messagerie de smartphone, comme nous en connaissons tous, et nous invitent à discuter avec un personnage virtuel. Certains assument directement d’y instaurer une ambiance (enquête policière, thriller, horreur) mais d’autres souhaitent faire primer le réalisme en proposant au joueur, par exemple, un jeu de séduction sur smartphone agrémenté de réflexions sur la vie (Seen de Polychroma Games) ou déviant carrément vers une histoire glauque (FriendZoné I & II de Purple Tear). D’autres jeux dépassent la simple messagerie pour simuler carrément l’existence d’un téléphone avec ses applications, ses photo, etc. On citera, pour les amateurs de frissons, les jeux qui vous mettent en scène face à votre smartphone piraté par un dangereux psychopathe (Hooked de Telepathic ou Sara Is Missing de Kaigan Games OÜ) et, enfin, ceux qui vous placent face à smartphone trouvé ou volé mais qui sont porteurs d’un précieux message qui changera votre vision du monde (A Normal Lost Phone de Playdius Entertainment).

Pour les amateurs du genre, ces jeux pourraient devenir un véritable phénomène puisqu’ils permettent de jouer sans connexion et sans être dépendant d’autres joueurs. En effet, du point de vue de l’amateur, le problème de certains MMORPG est d’ouvrir l’accès à des joueurs qu’on pourrait qualifier de profanes. Les MMORPG sur smartphone ont même fini par être vérolés de personnes uniquement présentes pour draguer en ligne (chacun sa méthode, hein?). Mais à l’heure où le smartphone est un bien de consommation que certains enfants possèdent dès l’école primaire et que la réalité augmentée se répand, d’autres risques se présentent. Surfant sur la vague du jeu russe Blue Whale qui va jusqu’à pousser des personnes au suicide (ambiance), des développeurs pourraient avoir l’idée d’agrémenter leurs applications de défis de plus en plus réalistes (se rendre à une position, scanner un code quelque part, télécharger un ficher supplémentaire, contacter une personne, etc) qui, suivant l’expérience de Milgram, pourraient aboutir à l’instigation d’infractions.
Évidemment, il n’est pas question ici de dresser une scénario catastrophe, mais l’expérience a montré que le jeu de rôle avait déjà eu de graves répercussions. Certains joueurs, rentrant un peu trop dans la peau de leur personnage, ont commis des infractions, des viols, des tentatives de meurtre ou de suicide, il faut le dire. Bien-sûr, ce sont des exceptions incroyablement rares, mais elles datent d’une époque un jeu vendu à 5000 exemplaires était un succès planétaire… qu’en serait-il dans un monde où une application gratuite et téléchargée plusieurs centaines de milliers de fois ?

Donc c’est mal, en fait ?

 

Non, pas par défaut. Jusqu’à présent aucun scandale a éclaté. Toutefois, il pose la question de la facilité d’accès à certains contenus pour des jeunes personnes influençables et, parfois, en quête de défi ou de reconnaissance. Après tout, qui, adolescent, n’a jamais cherché à se faire remarquer de manière parfois dangereuse ou transgressive ?

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