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Heetch, c'est fini ?

vendredi, mars 03, 2017Hadrien Lagrange


Ce jeudi 2 mars, le juge a rendu son verdict. La société Heetch, connue pour sécuriser la nuit des jeunes noctambules, a été condamnée à une lourde amende et à suspendre son service. Ses fondateurs n’ont pas échappé au couperet non-plus. Sur fond de soulèvement populaire, l’affaire n’est pas sans rappeler celle qu’avait connue UberPop jusqu’en septembre dernier. Il est donc légitime de se poser la question : Heetch, c’est vraiment fini ? 



Heetch ?


Créée en 2013 par Teddy Pellerin et Mathieu Jacob, la société n’a pas pour vocation de marcher sur les plates-bandes des taxi et des sociétés de VTC telles qu’Uber. En tout cas, pas officiellement. Si sur papier l’entreprise consiste à sécuriser la nuit des noctambules en proposant un service de covoiturage sûr, la vérité est plus floue. En effet, le covoiturage consiste pour un conducteur de proposer à des personnes de partager son véhicule pour un trajet qu’il a défini lui-même, ses passagers étant là pour profiter de l’occasion tout en amortissant le prix du voyage. D’ailleurs, le revenu des chauffeurs est très limité (6000€ par an) et leurs horaires ne le sont pas moins (20h – 6h) afin d’assurer que le service reste une activité d’appoint et non une profession à plein temps.
Alors qu’Uber est une entreprise américaine qui s’est exportée en France, Heetch est un projet français qui a débuté dans quelques grandes villes françaises, surfant sur la vague des service à la demande entre particuliers tels qu’Airbnb. A présent la société s’est également exportée et se fait connaître dans le reste de l’Europe. On gardera à l’esprit que sur la région parisienne 80 % des utilisateurs se situent dans la tranche des 18-25 ans, la com’ a donc fait mouche.
L’intention est donc louable, mais la bonne foi des créateurs quant à la nature de la société est autant contestable que son essore. Mais de là à mériter un procès, nous ne nous prononcerons pas.


Une condamnation ?


Suite à ses activités aux contours flous, des associations représentant les intérêts des taxis ont saisi la justice, estimant qu’Heetch conduit à leur précarisation. Le tribunal a donc retenu trois chefs d’inculpation contre la société : exercice illégal de la profession de taxi, pratique commercial trompeuse et organisation illégale d’un système de mise en relation de clients avec des chauffeurs non professionnels.
Pour ce qui est du troisième motif, le jugement est surprenant puisque cela ouvre la porte à la condamnation d’une quantité importante de services autre que ceux de VTC, que ça soit des services de logement ou d’autres services entre particuliers.
Pour ce qui est la pratique commercial trompeuse, le jugement est parfaitement fondé puisque, comme dit précédemment, la différence entre les propos des fondateurs et les faits est palpable. De fait, leur activité ressemble beaucoup à celle de n’importe quelle autre société de VTC, donc par extension à la Némésis de la corporation des taxis.
La peine prononcée est donc la suspension du service, 441.000€ de dommages et intérêts pour les associations de taxi, 200.000€ d’amende dont 150.000€ avec sursis pour la société et 10.000€ dont la moitié avec sursis pour Teddy Pellerin et Mathieu Jacob.


Un drame pour la jeunesse ?


Les fondateurs de la société eux-mêmes tiennent à rassurer leurs clients en assurant que ce n’est pas la fin de Heetch. La fin de Heetch serait une catastrophe pour de nombreuses personnes puisqu’en région parisienne le service est un incontournable des jeunes habitant en banlieue. « Avec Heetch, je dépense entre 40€ et 50€ par semaine pour sortir, si je passais par Uber je dépenserais au moins 100€ voir 120€ » nous confie Alexandra, Cartésienne étudiante en communication. Pour elle qui habite en banlieue parisienne, se passer de Heetch équivaut à renoncer à la très grande majorité des soirées. Plus qu’un simple moyen de transport, Heetch est prisée pour la sécurité qu’elle offre. Non seulement le service offre de bonnes garanties quant aux conducteurs, mais également une véritable assurance pour l’utilisateur en cas d’accident. Et si l’application survivait à ses déboires judiciaires, ses prix en pâtiraient certainement autant que ceux d’Uber, réduisant ainsi grandement l’intérêt de l’entreprise déjà déficitaire. Heureusement, les juges notent que le recours grandissant des noctambules à l’application démontre un besoin qui mériterait à être comblé dans ce qui semble être un appel au gouvernement et au législateur.

Pour l’heure le service est suspendu et un mouvement de contestation s’organise déjà via le site de Heetch.

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